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Cinq mythes qui pourraient entraver la sensibilisation à l’audit interne

Une fois de plus, nous célébrons le mois international de sensibilisation à l’audit interne. La sensibilisation se définit par « le fait d’être informé ou de se rendre compte d’une situation ou d’un fait. » Mes voyages à travers le monde m’ont montré que la sensibilisation à l’audit interne n’est pas binaire, mais s’inscrit dans une continuité. Certaines personnes extérieures à la profession sont très au fait des activités de l’audit interne et de sa valeur ajoutée, alors que d’autres n’en ont pas la moindre idée. Leur réaction la plus fréquente est la suivante : « Oh, vous vous occupez des impôts, c’est ça ? »

La majorité des gens n’ont qu’une vague notion de ce que nous faisons. En d’autres termes, ils sont peu sensibilisés à ce qu’est l’audit interne. Il y a quelques années, j’ai rédigé un article intitulé « Cinq mythes classiques autour de l’audit interne. » A l’occasion du mois international de sensibilisation à l’audit interne, j’ai pensé qu’il serait intéressant de revenir sur ces mythes qui, souvent, entravent la perception qu’ont les gens de notre profession.

Les mythes peuvent nous en dire long sur nous-mêmes, ou du moins, sur la manière dont les autres conçoivent le monde. Mais parfois, il semble que les mythes les plus infondés soient les plus difficiles à briser, particulièrement s’ils comportent, à l’origine, une once de vérité.

La profession d’audit interne moderne existe depuis un peu moins d’un siècle. Pour autant, il est inouï de voir la quantité de mythes et d’idées reçues sur la profession qui ont vu le jour en si peu de temps. Or, même si les mythes suivants sont généralement faux, le fait qu’ils soient si coriaces pourrait être le signe qu’il est temps de dresser le bilan afin de comprendre comment nous sommes perçus dans nos organisations et par nos parties prenantes. Nos actions contribuent-elles à renforcer ces mythes ? Ou devons-nous redoubler d’efforts afin de mieux faire connaître les changements entrepris par la profession ? Je vous laisse en juger.

Mythe n°1 : Les auditeurs internes sont des « faiseurs d’addition ».

L’une des perceptions erronées les plus courantes sur les auditeurs internes les fait passer pour des « faiseurs d’additions » qui ne s’intéressent qu’aux états financiers de leurs organisations. Il y a une part de vérité évidente dans ce mythe : une expérience solide en matière d’audit ou de comptabilité peut être utile dans une carrière d’auditeur interne. Mais aujourd’hui, un plan d’audit interne annuel type dédie moins de 25% des ressources de l’audit interne aux risques financiers. Les auditeurs internes se focalisent plutôt sur les risques de fraude, les problématiques de conformité et sur une multitude de questions opérationnelles sans rapport avec la comptabilité. Et il est probable que leur parcours soit tout aussi diversifié que les activités qu’ils auditent. Un diplôme de comptabilité n’est pas la seule voie pour réussir sa carrière, ni même la plus fréquente de nos jours. En effet, selon une enquête récente réalisée par l’Audit Executive Center de l’IIA, les responsables de l’audit interne recrutent davantage de candidats dotés d’une pensée analytique/critique, de compétences en data mining, d’une connaissance de l’organisation et de son environnement et de compétences en SI, que de personnes formées à la comptabilité.

Mythe n°2 :   Les auditeurs sont des pinailleurs et des critiqueurs.

Si l’on en croit plusieurs blagues sur les auditeurs internes, nous serions programmés pour décortiquer les processus et ruiner la réputation des personnes qui font le « vrai boulot ». Selon ce mythe, les auditeurs sont perçus comme ceux qui « achèvent les blessés après la bataille », et détournent le management de responsabilités bien plus importantes.

Bien sûr, en réalité, l’audit interne s’intéresse plus aux risques majeurs qu’aux détails insignifiants. Les ressources de l’audit interne sont limitées et lorsque les auditeurs internes accordent trop d’attention à des questions secondaires, ils consacrent moins de temps aux risques et aux contrôles significatifs qui sont au cœur de la fonction. Un bon auditeur interne préfèrerait faire un rapport sur une économie de 6 millions de dollars plutôt que sur une erreur de 6 dollars.

Mythe n°3 : Il vaut mieux ne rien dire aux auditeurs sauf s’ils en font la demande spécifique.

Ce mythe peut être néfaste, aussi est-il regrettable que ce conseil se soit retrouvé dans plus d’un article sur « Comment survivre à un audit ». Les clients de l’audit reçoivent parfois ce conseil de la part d’amis bien intentionnés, mais cela se traduit par des missions d’audit moins efficaces et une perte de temps pour tout le monde. Si les auditeurs internes pensent que leurs clients dissimulent des informations volontairement, que ce soit par omission ou par action, ils auront tendance à élargir le périmètre d’intervention de l’audit afin de déterminer si d’autres informations importantes ont été occultées. L’objectif de l’audit interne est de créer de la valeur ajoutée et d’améliorer les opérations de l’organisation. La rétention d’information va donc à l’encontre des intérêts de tous.

Mythe n°4 :   Les auditeurs internes sélectionnent les « cibles » à auditer selon un cycle et appliquent des listes de contrôles standards afin de pouvoir auditer les mêmes choses de la même manière à chaque fois.

Ce mythe perd en véracité d’année en année. Nos normes professionnelles exigent des plans fondés sur les risques pour définir nos priorités aussi bien dans le cadre du développement des plans et des programmes d’audit interne que de la planification des missions d’audit. Évidemment, certains risques justifient des missions d’audit répétées régulièrement et il existe certains types de mission, comme par exemple des évaluations de conformité exigées par les régulateurs, pour lesquelles les programmes d’audit et les listes de contrôles ont peu de chance de changer fondamentalement d’une année sur l’autre. Mais, de manière générale, l’audit interne est devenu une profession dynamique qui doit s’adapter à l’évolution des risques rencontrés par l’organisation.

Mythe n°5 :   L’audit interne est la « police » de l’organisation.

Comme l’a dit une fois Lord Justice Topes, « L’auditeur est un chien de garde, pas un limier. » D’après mon expérience, les meilleurs auditeurs internes sont presque toujours ceux qui créent un lien avec leurs clients. Une attitude accusatrice ou agressive des auditeurs internes est plus susceptible de rencontrer une opposition par rapport à une utilisation des constats comme une opportunité de contribuer à l’atteinte des objectifs ou de faciliter des améliorations. Démolir ce stéréotype est si crucial que la plupart des fonctions d’audit interne encouragent vivement leurs clients à voir l’auditeur interne comme un coach plutôt que comme un policier.

Chacun de ces mythes était plus proche de la réalité au XXème siècle qu’aujourd’hui. Des exemples spécifiques où une action renforçant ces stéréotypes pourrait se justifier nous viennent facilement à l’esprit mais, malheureusement, il existe encore trop de cas où les auditeurs internes perpétuent inutilement ces mythes. L’un d’entre eux se vérifie-t-il pour vous-même ou votre fonction d’audit interne ? Dans l’affirmative, il serait temps d’examiner attentivement ce que vous essayez d’accomplir et comment vous planifiez d’atteindre vos objectifs.

Changer les perceptions prend du temps et il faut souvent combiner les efforts de plusieurs personnes pour arriver à briser un stéréotype. L’image de notre profession s’améliore rapidement, mais il reste encore beaucoup à faire pour que nos parties prenantes aient une meilleure compréhension de la profession. Chacun d’entre nous peut contribuer à éradiquer ces mythes et idées fausses, que ce soit par une modeste contribution, en transférant des informations pertinentes aux clients, ou de plus grande envergure, en partageant des informations relatives à l’audit lors d’un séminaire ou d’une conférence.

Chaque fonction d’audit interne est unique et il se peut que votre perspective diffère de la mienne. Votre fonction a-t-elle fait de réels progrès pour dissiper ces mythes dernièrement ? Si tel est le cas, faîtes-nous savoir comment vous avez fait.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.

Pour information

Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.

A propos Richard CHAMBERS

Richard CHAMBERS
Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.