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Derrière la question « Où était l’audit interne ? » se cache une opportunité

Un des défis récurrents pour l’audit interne est de perdre son étiquette d’invité indésirable. Et pour cause, rares sont les occasions où la présence des auditeurs internes est réellement souhaitée. C’est dans le contexte du scandale des admissions universitaires, qui a récemment éclaté aux États-Unis, que j’évoque ce sujet.

À la suite de cette violation inacceptable des procédures et des contrôles d’admission, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que, compte tenu des risques évidents, il est grand temps d’inclure le processus d’admission à l’université dans les plans d’audit interne. Notre profession devrait s’empresser de saisir cette chance de démontrer la valeur de l’assurance indépendante qu’elle fournit. Chaque situation où la question « Mais où était l’audit interne ? » est posée devrait être considérée comme une opportunité.

Avant d’examiner les leçons que nous pouvons tirer de ce scandale et comment l’audit interne aurait pu changer les choses, permettez-moi d’apporter quelques éléments de contexte importants.

Les procureurs fédéraux ont inculpé plus de 50 personnes, y compris des célébrités, pour avoir truqué l’admission de candidats non qualifiés dans des universités extrêmement sélectives. Les autorités ont confirmé la complexité du système, qui comprenait le versement de pots-de-vin aux entraîneurs, la triche aux examens d’entrée et des « garanties » d’admission en échange de millions de dollars.

Les retombées ne se sont pas fait attendre et sont considérables. Plusieurs entraîneurs ont été licenciés, les admissions de certains étudiants annulées et le Ministère américain de l’éducation a ouvert une enquête visant les huit universités impliquées dans l’enquête fédérale, y compris Yale, Stanford, l’University of Southern California, et Georgetown.

Quelles leçons pouvons-nous donc tirer de ce scandale ?

Gérer l’admission à un groupe quel qu’il soit peut être risqué. L’évaluation des qualifications comme condition d’entrée doit être soumise à des contrôles et à des procédures. Or, par le passé, le désir d’être admis en a conduit plus d’un à essayer de les contourner. Il existe d’ailleurs une expression en anglais qui décrit cette pratique : « Gaming the system » signifie manipuler les règles et les procédures pour arriver à un résultat souhaité. Le scandale des admissions en est un exemple parfait. Dans un processus qui implique un certain degré de subjectivité, la manipulation peut revêtir des formes diverses, y compris la fraude et la corruption.

Confier les tests à des organisations indépendantes comporte des risques. Dans le cadre du scandale qui nous préoccupe, plusieurs parents sont accusés d’avoir payé d’autres personnes pour passer les tests d’aptitude normalisés à la place de leurs enfants, ou pour avoir accès aux réponses.

La plupart des universités américaines utilisent les résultats de ces tests comme critères d’admission. Les plus importants sont le Scholastic Aptitude Test (SAT) et l’American College Test (ACT). Les deux tests, qui sont organisés par des associations indépendantes et sans but lucratif, mesurent l’aptitude des lycéens à étudier au niveau universitaire. Environ 4 millions d’étudiants passent ces tests chaque année.

Du point de vue des contrôles, l’audit interne remettrait sans doute en question le fait de confier à un tiers, sans un certain degré de surveillance, l’organisation des examens d’entrée. En effet, les universités ne participent pas à l’élaboration, à l’administration ou à la correction des tests alors que les résultats jouent un rôle déterminant dans leur processus d’admission.

Les dérogations officielles ouvrent la porte aux abus. Des dérogations aux règles d’admission ont été créées pour les membres de certains groupes, notamment les minorités et les athlètes, afin de leur donner accès à l’enseignement supérieur. L’exception en faveur des athlètes a d’ailleurs donné naissance à toute une sous-culture de risques liés à la pratique des sports à l’université.

Dans le cadre de cette affaire, les autorités ont révélé que des entraîneurs avaient reçu des pots-de-vin pour sélectionner des candidats. Un exemple particulièrement frappant implique un couple célèbre qui aurait payé 500 000 dollars pour que leurs filles soient sélectionnées dans l’équipe d’aviron de l’University of Southern California, alors qu’aucune des deux n’avait jamais pratiqué ce sport.

L’audit interne a la capacité de fournir une assurance sur l’efficacité des contrôles et processus pour toute dérogation au système d’admission. Il peut notamment contrôler le processus de sélection des candidats dans une équipe et vérifier que ces derniers pratiquent bien le sport concerné.

Les exceptions informelles envoient des signaux contradictoires. Ce scandale montre jusqu’où les parents peuvent aller pour garantir l’admission de leurs enfants dans une université prestigieuse. Cette tentative de contournement des règles sort du cadre légal dès lors qu’elle implique des pratiques de fraude ou de corruption.

Toutefois, il existe depuis longtemps deux moyens détournés pour contourner le processus d’admission. Le traitement spécial dont bénéficient les enfants de donateurs en fait partie. Ces cas d’admission, connus sous le nom de « developmental cases » sont de notoriété publique, bien que généralement passés sous silence par la plupart des universités. De même, la « préférence héréditaire », ou l’ « admission héréditaire », est une pratique très répandue, qui donne la priorité aux candidats ayant des liens familiaux avec d’anciens étudiants de l’université.

Fournir une assurance sur de telles pratiques serait délicat et controversé pour l’audit interne, parce que ces exceptions ne sont pas entièrement fondées sur des critères objectifs relevant des forces et des faiblesses du candidat. Mais elles représentent un soutien indéniable pour les finances des universités.

Il est difficile de dire si ce scandale donnera lieu à des modifications importantes du processus d’admission portées par un élan de transparence et de responsabilisation. En revanche, il est clair que cette transparence et cette responsabilisation nécessiteraient une transformation profonde des pratiques d’admission, dont certaines remontent à des siècles.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.

A propos Richard CHAMBERS

Richard CHAMBERS
Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.