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Dompter notre cerveau préserver la planète

Dompter notre cerveau préserver la planète

Dans son dernier livre explique que nous sommes en grande partie dominés par une partie de notre cerveau, le striatum. Formé il y a des millions d’années, il nous délivre la dopamine, l’hormone du plaisir et influe encore aujourd’hui sur les principaux traits de notre comportement. C’est notamment lui qui nous empêcherait de « changer de modèle » et de mettre tout en œuvre par exemple pour lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique.
Le constat de Sébastien Bohler nous apprend beaucoup sur notre capacité à réagir face aux évolutions : « On peut considérer que notre cerveau s’est structuré sur une période d’un million d’années, qui couvre en gros l’existence d’homo erectus jusqu’au début d’homo sapiens, soit 99 % de notre présence sur terre. Et c’est sur cette échelle de temps que notre cerveau s’est conformé à ce qui représentait les enjeux de l’époque. Or, si le monde a considérablement changé depuis, avec la révolution industrielle et encore plus vite avec l’ère numérique, il ne faut pas perdre de vue que le cerveau lui, n’a pas évolué à la même vitesse... ». Notre cortex cérébral s’est tout de même développé et notre cerveau est à peu près le même depuis 10 000 ans. Nous sommes devenus capables de planifier, de concevoir des outils et de créer un monde de technologie dans une période d’abondance. Mais le striatum, formé depuis des époques bien plus re- culées, de plusieurs dizaines de millions d’années, continue à exercer une influence très importante sur nos comportements.
« Nous avons dû survivre dans un milieu hostile pendant au moins un million d’années, » poursuit Sébastien Bohler, « et pour cela nous avons développé cinq grands comportements : la lutte pour la survie à court terme et donc la recherche de nourriture, la transmission des gènes par le sexe, la pulsion de domination pour atteindre un statut social, la possibilité de minimiser ses efforts et donc ses dépenses d’énergie et le besoin d’informations donnant une certaine capacité à évoluer dans notre environnement... Des comportements qui libèrent de la dopamine et donnent donc du plaisir. Et quand on éprouve du plaisir, on veut recommencer. Un système extrêmement robuste qui n'a jamais failli sur des échelles de temps immenses, et jusqu'à aujourd'hui." Et si nous observons nos comportements dans la vie quotidienne, force est de comportements dans la vie quotidienne, force est de constater que le striatum, en délivrant des récompenses, joue encore un rôle prépondérant. Il y a un an, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) annonçait que le taux de mortalité dû au surpoids dépassait celui de la malnutrition.
« Notre cerveau, formé à une époque où la survie était liée à la nourriture, est incapable de dire stop », explique Sébastien Bohler, et ce sont donc les aliments indus- triels et des plus caloriques qui vont nous donner du plaisir... De même pour le sexe : 136 milliards de vidéos pornographiques sont visionnées chaque an- née sur Internet, générant une pollution numérique liée à l’énorme consommation énergétique des da- tacenters. Et pourtant cette consommation d’images est croissante. Autre exemple : le succès des réseaux sociaux est le signe d’un narcissisme qui augmente, alors que notre capacité d’empathie diminue en parallèle...
Face aux nouveaux défis auxquels nous devons faire face, à commencer par le réchauffement climatique, quelle est donc notre capacité d’adaptation ? Avons- nous la possibilité de lutter contre nos comportements, pour résoudre les problèmes que nous devons affronter ? « Notre modèle économique et financier, tel qu’il s’est développé au cours des dernières décennies, est fait pour donner au striatum ce qu’il demande, toujours plus de plaisir par le pouvoir de l’argent » reprend Sébastien Bohler, « à nous de créer de nouveaux modèles allant à l’encontre du striatum. C’est possible, mais cela exigerait sans doute de renoncer à la croissance, à la domination... Nos réseaux cérébraux en sont capables, mais nous ne les utilisons pas assez ».
La solution passerait ainsi par le fait de redonner du sens à ce que nous faisons et aller sans doute chercher en nous les ressources nécessaires au changement. "Il faut garder confiance dans notre capacité à se tirer d'affaire tous ensemble et à chercher chacun en soi individuellement des clés fantastiques comme la méditation en pleine conscience par exemple, capable de nous aider à nous affranchir de notre désir pour des gratifications instantanées. Retrouver de la confiance, c'est être capable de s'organiser sur du temps long."
 
 

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