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« Fake news » : un risque qui a toujours existé

Les informations trompeuses ou manifestement fausses ont toujours constitué un risque pour les organisations. Une remarque désobligeante, aussi infondée soit-elle, peut pousser les responsables à se démener pour trouver une solution capable de limiter, voire, avec un peu de chance, de réparer les dégâts. En général, la vérité finit par triompher. Mais comme on le constate de plus en plus, un déferlement incessant de « nouvelles » infondées ou complètement fausses, renforcé par les réseaux sociaux et les sites internet biaisés, peut rapidement submerger une organisation et influencer les événements. C’est pour cette raison que je n’ai absolument pas été surpris lorsque la société mère de Google, Alphabet, a récemment élevé les contenus inappropriés, particulièrement ceux diffusés sur internet et sur les réseaux sociaux, au rang de risque majeur. Bien sûr, Alphabet s’inquiète pour l’intégrité de ses propres marques, mais le risque concerne chaque organisation et, de fait, chaque individu. « Nos marques peuvent subir un impact négatif en raison de plusieurs facteurs, parmi lesquels des problématiques liées à la réputation, des contenus de tiers partagés sur nos plateformes, des questions et évolutions liées à la protection des données ou encore des défaillances au niveau des produits ou des performances techniques », a déclaré Alphabet dans son rapport annuel (formulaire 10-K) remis à la SEC (U.S. Securities and Exchange Commission). « Si nous ne parvenons pas à réagir de manière adéquate au partage de contenus inappropriés sur nos plateformes ou aux pratiques controversées des publicitaires, ou encore à répondre correctement aux inquiétudes des utilisateurs, ces derniers risquent de perdre confiance dans nos marques. » Ce risque ne s’est-il présenté qu’aux dirigeants d’Alphabet ? J’en doute fortement. Ce qui diffère, à mon avis, c’est l’appétence pour le risque de l’entreprise. Les récentes réactions contre les contenus douteux qui assaillent les utilisateurs des filiales d’Alphabet, YouTube et Google, ainsi que de Facebook et Twitter, indique clairement un changement. En toute franchise, certains pourraient considérer la description du risque par l’entreprise comme trop clémente. Elle ne met pas en garde contre les dangers que représentent les contenus douteux pour la société, mais contre le risque de perdre des publicitaires et des utilisateurs si elle ne parvient pas à réagir de manière adéquate. Elle n’aborde pas non plus l’érosion de la confiance du public vis-à-vis de médias légitimes causée par des communiqués douteux se faisant passer pour de véritables informations. Au lieu de cela, elle se concentre sur les « tiers » qui exploitent les marques d’Alphabet pour diffuser de fausses informations. Trouver un juste milieu entre assurer le libre flux des informations, même si celles-ci sont aguicheuses ou scandaleuses, et agir de façon responsable en tant que vecteur fiable et crédible de ce type d’« informations », n’a rien de nouveau. Les organisations, dont les médias traditionnels, jouent à ce jeu depuis des siècles. La leçon à en tirer pour les auditeurs internes, c’est qu’ils doivent rester attentifs à l’appétence pour le risque de leur organisation et tirer la sonnette d’alarme dès que les risques évoluent. Ceci explique peut-être le changement de ton de la part d’Alphabet. Lors de son discours à la Conférence du General Audit Management de l’IIA en 2016, le responsable de l’audit interne de Google a déclaré que la fonction d’audit interne de l’organisation repose pour ainsi dire sur le postulat suivant : « Notre mission est de fournir au management une vision objective de tous les risques qu’il doit prendre en compte dans sa prise de décision. Notre responsabilité est d’aider ce dernier à disposer de toutes les informations pour prendre de bonnes décisions fondées sur les risques. » Finalement, il revient à la direction générale et au Conseil de définir leur appétence pour le risque, néanmoins c’est à l’audit interne qu’il incombe de s’assurer de la communication exacte du portefeuille de risques au plus haut niveau. Dans le cas d’Alphabet, je suis certain que la direction générale et le Conseil sont pleinement conscients de l’existence de courants sous-jacents en matière de diffusion d’informations et qu’ils continueront à ajuster leur appétence pour le risque afin de s’adapter à ces dynamiques changeantes. En réfléchissant aux risques réels que représentent les fausses informations, je me suis souvenu d’une célèbre émission de radio datant de 1938. Orson Welles, acteur, écrivain, metteur en scène et producteur américain, avait « interrompu » un programme de la radio CBS par un « bulletin spécial » relatant une invasion martienne. En réalité, il était en train de lire le roman de science-fiction de H. G. Wells « La Guerre des mondes ». Mais sa narration fut si convaincante et réaliste que certains auditeurs y crurent, ce qui déclencha un mouvement de panique. L’émission légendaire et la réaction des personnes dupées sont dès lors entrées dans l’histoire. Pourtant, un article de 2013 a mis en doute le fait que cette émission ait suscité l’hystérie. Ainsi donc, de nos jours, même les nouvelles concernant les « fake news » pourraient être fausses. Nous vivons une époque intéressante. Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus. Richard Chambers Pour information Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d'audit interne.

A propos Richard CHAMBERS

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Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.

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