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Les auditeurs internes doivent être irréprochables

J’ai toujours pensé que les auditeurs internes devaient relever l’un des défis les plus difficiles au sein de l’organisation. Et pour cause, il n’est pas évident de maintenir une réputation d’objectivité lorsqu’on vit et travaille dans l’environnement même où l’on exerce ses activités, que ce soit pendant quelques années, ou toute une carrière. Tout le monde observe l’audit interne pour voir s’il pratique ce qu’il prêche. J’ai souvent entendu dire que « nous étions un exemple dans l’organisation » mais aussi que nous « étions constamment évalués par ceux que nous auditons ». Pour moi, cela revient à avoir une cible dans le dos. Si l’audit interne ne respecte pas, ou semblene pas respecter les politiques de l’organisation, la confiance dans la fonction, et en chacun de ses membres, en pâtira.

Personne ne s’attend à ce que les auditeurs internes soient infaillibles. Nous sommes humains, après tout. En revanche, si nos faiblesses amènent les autres à remettre en question notre éthique, nous perdons un avantage important, ce qui nuira certainement à notre image de conseiller de confiance. Si le management a eu vent d’une quelconque violation, aussi mineure soit-elle, du Code de déontologie, les conseils ou recommandations que nous fournissons à la fin de nos missions susciteront probablement des réactions du type :  « Pourquoi devrions-nous l’écouter ? Il prend des jours de congé sans le dire. », ou encore, « Elle a gonflé ses notes de frais et a dû rembourser la société ».

Les auditeurs internes ne peuvent pas se permettre le luxe d’être vulnérables. Si nous voulons conseiller les autres, notre comportement doit être irréprochable. Et ne soyez pas surpris si, la première fois que vous dénoncez un cadre dirigeant pour un grave manquement à l’éthique, toutes les peccadilles dont vous avez pu vous rendre coupable refont surface tout à coup.

L’audit interne ne peut pas non plus se permettre de ne pas tenir ses engagements. Un responsable de l’audit interne très respecté m’a récemment fait observer que les auditeurs internes doivent comprendre qu’ils ont un engagement non seulement envers leur organisation mais aussi envers une grande variété de parties prenantes. « Nous devons maintenir un juste équilibre, en comprenant les besoins de l’organisation, du Conseil d’administration, de la direction et des investisseurs », a-t-il expliqué, « si nous ne sommes pas dignes de confiance, et si les gens avec qui nous travaillons ne le sont pas non plus, nous ouvrons la porte à la fraude ».

Je suis convaincu que la plupart des auditeurs internes agissent de manière éthique en toutes circonstances. Mais occasionnellement, ils peuvent commettre des erreurs, et celles-ci passent rarement inaperçu. Beaucoup d’entre vous se souviennent très bien de certains cas qui ont défrayé la chronique. Pour chaque affaire médiatisée où un auditeur interne s’est attiré des ennuis pour manquement à l’éthique, des dizaines d’autres cas ont pu être réglés en interne. Les actions des auditeurs internes ne respectant pas la déontologie sont perçues comme une grave trahison, non seulement à l’égard de leurs employeurs et de leurs anciens collègues, mais aussi de leur profession. L’audit interne a de nombreuses responsabilités et l’une d’elles consiste à jouer le rôle de « superviseur éthique ». En cette qualité, il doit être, comme la femme de César, au-delà de tout soupçon.

Selon le proverbe, « il ne faut jamais lancer de pierre quand on habite une maison de verre. » Mais parfois notre métier d’auditeur interne implique précisément de jeter une ou deux pierres. Alors, quitte à le faire, mieux vaut nous assurer que notre maison est résistante. En nous engageant fermement à adopter un comportement éthique et en mettant en place un programme d’assurance et d’amélioration qualité efficace, nous éviterons d’être blessés par un éclat de verre.

Une manière de renforcer la fonction d’audit interne est de s’assurer qu’elle emploie les bonnes personnes. Nous devons vérifier les antécédents des nouvelles recrues pour garantir qu’elles n’ont pas de squelettes dans leur placard, ce qui indiquerait que leur boussole morale n’indique pas la bonne direction. Nous devrions nous tenir mutuellement responsables du respect des règles de conduite les plus exigeantes.

L’IIA reconnaît qu’un comportement éthique est essentiel à notre profession. Chacun de ses membres à travers le monde, ainsi que les titulaires d’une certification de l’IIA, doivent se conformer à son Code de déontologie. A sa promulgation, l’IIA a déclaré que « le Code de déontologie de l’Institut [avait]pour but de promouvoir une culture de l’éthique au sein de la profession d’audit interne ». Récemment, l’IIA est allé plus loin en spécifiant que « les titulaires de certifications doivent suivre deux heures de CPE (chaque année) consacrées à l’éthique. »

Comme je l’ai indiqué plus haut, je ne pense pas que la profession d’audit interne ait un « problème d’éthique ». A nous de faire en sorte qu’il en soit toujours ainsi.

A propos Richard CHAMBERS

Richard CHAMBERS
Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.