Accueil / blog / Mythe ou réalité : tous les auditeurs internes sont des comptables

Mythe ou réalité : tous les auditeurs internes sont des comptables

La semaine passée, je me suis, une fois de plus, retrouvé en face d’étudiants en comptabilité de l’une des meilleures universités des Etats-Unis. J’étais accompagné par le président du conseil d’administration de l’IIA, Naohiro Mouri. Notre visite avait pour but de sensibiliser les futurs diplômés en comptabilité aux perspectives qu’ouvre l’audit interne. Néanmoins, nous avons dû marcher sur des œufs lorsqu’il a été question d’encourager ces étudiants à poursuivre une carrière dans cette voie. Nous leur avons décrit les formidables opportunités qu’offre la profession, mais nous avons bien dû admettre qu’ils ne se serviraient probablement pas des connaissances acquises pendant leurs études.

Il y a six ans, j’ai écrit dans un article de blog qu’un des mythes les plus répandus sur l’audit interne est que tous les auditeurs internes ont une formation comptable. À l’époque, les plans d’audit interne consacraient plus de ressources aux problématiques opérationnelles. Les revues de conformité étaient en augmentation, les risques liés aux technologies connaissaient une croissance exponentielle, et beaucoup de fonctions d’audit interne commençaient à proposer des missions de conseil. Les experts en avaient conclu que, quelques années plus tard, la plupart des auditeurs internes seraient issus de formations non comptables.

Depuis lors, notre profession s’est effectivement diversifiée et aujourd’hui la plupart de nos missions d’audit portent sur des domaines extra-financiers. Selon l’enquête « Pulse of Internal Audit » menée par l’Audit Executive Center de l’IIA en 2018, moins d’un quart des activités de l’audit interne porte sur des risques financiers. Faut-il dès lors en déduire que les auditeurs internes ne sont plus des comptables ? La réponse n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît.

S’il est vrai que la majorité de nos travaux n’ont pas de rapport direct avec la comptabilité, il n’en reste pas moins vrai que la plupart des auditeurs ont de l’expérience dans ce domaine. D’ailleurs, le « Benchmarking Report » de l’IIA indique qu’il y a dans nos rangs autant de titulaires de certifications comptables que de titulaires du CIA (Certified Internal Auditor).

La proportion élevée d’auditeurs internes dotés de compétences en comptabilité s’explique, en partie, par nos pratiques de recrutement. L’enquête Pulse indique que les responsables de l’audit interne recherchent principalement des candidats munis de diplômes en comptabilité et en finance (considérés comme étant « extrêmement souhaitables » ou « très souhaitables » par 76% des répondants). Par contre, moins de la moitié des responsables de l’audit interne considèrent les autres types de diplômes en administration des affaires comme extrêmement ou très souhaitables. Pour certaines fonctions d’audit interne, et plus particulièrement dans le secteur public, un diplôme en comptabilité, ou un équivalent, est une nécessité absolue.

Il semble que la plupart des responsables de l’audit interne souhaitent engager des comptables, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont à la recherche de « faiseurs d’addition ». Quand on les interroge sur les compétences qu’ils recherchent, leurs trois priorités sont : une pensée analytique/critique, la capacité à communiquer et la connaissance de l’organisation et de son environnement. Les connaissances comptables et financières se classent à peine dans le top 10.

Beaucoup de comptables ont, sans aucun doute, le profil idéal pour devenir auditeurs internes. Ils finissent leurs études en ayant acquis une pensée analytique ainsi que des compétences dans le domaine des affaires, ce qui fait des écoles de comptabilité des viviers logiques de talents. Mais l’enquête Pulse confirme également que si les qualités recherchées sont la pensée analytique/critique, la capacité à communiquer et la connaissance de l’organisation et de son environnement, « il n’y a aucune raison de penser que les candidats titulaires de diplômes en comptabilité ou en finance ont un avantage significatif sur les candidats aux profils opérationnels et techniques ».

Sur le marché du travail actuel, sélectionner des profils trop ciblés peut s’avérer coûteux. Les fonctions d’audit interne doivent avoir dans leurs rangs des collaborateurs dotés des compétences adéquates pour être en mesure de répondre rapidement et efficacement aux risques nouveaux ou émergents. Mais trouver les bons talents n’est pas chose aisée. Plus de 90% des responsables de l’audit interne indiquent éprouver des difficultés à recruter des collaborateurs expérimentés contre 60% en ce qui concerne les collaborateurs débutants.

La grande majorité des responsables de l’audit interne déclarent connaître un déficit de compétences susceptible de compromettre la réalisation de missions d’audit pourtant nécessaires. Dans l’enquête Pulse, plus d’un quart des responsables de l’audit interne ont indiqué que l’exclusion de certains domaines de leur plan d’audit en raison de ce déficit était assez voire extrêmement probable. Plus de la moitié ont déclaré qu’il était assez voire extrêmement probable que leurs travaux soient limités en fonction de la disponibilité des compétences en interne. Et à peu près un tiers ont estimé qu’il était assez voire extrêmement probable qu’ils doivent repousser leurs missions en attendant de faire appel à des compétences externes.

Nous ne pouvons pas nous permettre un tel déficit de compétences. Et pourtant, des politiques de ressources humaines archaïques restreignent parfois nos décisions de recrutement en excluant des candidats parfaitement qualifiés. Par exemple, pour être reconnu comme auditeur par le gouvernement fédéral américain, il faut être titulaire d’« un diplôme dans un domaine comme l’administration des affaires,  la finance ou l’administration publique, comprenant ou complété par 24 heures de comptabilité par semestre ». Cette exigence garantit que presque tous les auditeurs qui travaillent pour le gouvernement sont diplômés en comptabilité. Et ce en dépit du fait qu’une grande partie des missions portent sur des risques autres que financiers. Il en va de même dans le secteur privé.

Les conséquences d’un surplus d’expertise en comptabilité, au détriment d’autres expertises requises dans des domaines de risques majeurs, peuvent être importantes pour les fonctions d’audit interne. Des missions peuvent être annulées ou reportées, ou leur périmètre restreint du fait de ce déficit. Les fonctions d’audit pourraient manquer d’agilité pour réagir rapidement à des problématiques nouvelles ou émergentes en raison de restrictions d’effectifs. Inévitablement, les dispositifs de contrôle qui ne sont pas audités cesseront de fonctionner, débouchant sur la sempiternelle question « où étaient les auditeurs internes ? »

Nous devons nous assurer que nos fonctions d’audit interne sont à même de fournir, efficacement, un large éventail de services. Ce qui nécessite une gamme variée de compétences. Certaines d’entre elles sont liées à la comptabilité et à la finance, d’autres non. Le défi est de nous assurer que nos équipes sont suffisamment compétentes pour aborder tous les risques significatifs auxquels nos organisations sont confrontées. Ce n’est pas une tâche facile.

Compétences contre attentes. Qu’en pensez-vous ?

A propos Richard CHAMBERS

Richard CHAMBERS
Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.