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Parvenir au juste trac…

Angelo Arancio, fondateur de l’« Art de dire » et formateur en art oratoire

Parler en public ne va pas toujours de soi. Certains sont plus
à l’aise, d’autres moins. Mais chacune et chacun connaît à un moment ou un autre ce trac qui fait perdre ses moyens et nuit au message que l’on veut faire passer. Angelo Arancio, comédien et formateur, nous livre quelques clés pour, à défaut de le faire disparaître, au moins l’apprivoiser.

Le trac est un état inévitable, tant pour le débutant que pour l’acteur le plus aguerri. Chaque soir avant d’entrer en scène, les comédiens l’ont. Certains, peu nombreux, ont tant de mal à le gérer qu’ils peuvent commettre les pires excès, compromettant la représentation.

À 20 ans, pour mon premier engagement professionnel, j’ai eu la chance de partager la scène avec des grands noms du théâtre comme du petit écran. Parmi la distribution figurait un comédien, vedette notamment d’une série télé. Malgré toutes ses années d’expérience et de pratique, chaque soir avant d’entrer en scène, pour vaincre le trac, il buvait. Malheureusement, certains soirs il dépassait la limite et jouait en état d’ébriété, ce qui n’était pas sans conséquences tant sur le spectacle qu’au niveau relationnel avec certains de ses partenaires, sans compter les répercussions auprès du public.

La plupart du temps, les comédiens gèrent leur trac de plusieurs manières différentes, chacun ayant ses petits rituels. Untel dispose chaque soir ses effets sur sa table avec la plus grande maniaquerie, tel autre se costume en suivant un ordre précis, celui-ci arpente la scène...

Cette année-là, pour le spectacle que je joue au festival d’Avignon, je partage ma loge avec Thierry. Quand le trac me prend, je peux boire un litre d’eau avant d’entrer en scène. D’habitude, j’ai toujours ma bouteille à proximité, mais pas ce soir.

Il y en a une sur la table de Thierry, spontanément je tends le bras pour la prendre. Thierry pousse aussitôt un hurlement, m’intimant de ne surtout pas toucher cette bouteille. Il m’explique alors que tous les accessoires sur sa table ont une place précise depuis que, quelques années auparavant, il a découvert le bien-être sur scène qu’il attribue à sa préparation. À l’issue de la représentation, il a photographié mentalement la composition sur la table de sa loge, qu’il reproduit depuis au centimètre près pour conjurer son trac.

Le trac est un état normal, tant et si bien qu’à une jeune comédienne qui lui disait « moi je n’ai jamais eu le trac », Sarah Bernhardt répondit : « Vous verrez, ça viendra avec le talent. » Nous sommes tous confrontés au trac.

Qui ne l’a éprouvé avant son premier rendez-vous amoureux ? Avant son exposé devant toute la classe ? Avant son entretien d’embauche ? Le trac est un stress ponctuel, durant lequel nous produisons de l’adrénaline provoquant des symptômes physiques variés tels que : gorge sèche, boule au ventre, jambes en guimauve, mains moites, rougeurs, etc. et des symptômes mentaux non moins divers : peur de bafouiller, peur du trou de mémoire, peur de ne pas être à la hauteur... Ce trac est très handicapant.

Mais le trac peut être moteur, dopant, comme le disait Sarah Bernhardt, il y a un « juste trac ». La première chose consiste à savoir repérer ces différents symptômes pour ne pas céder à la panique quand ils surviennent.

Surtout ne tentez pas de vous débarrasser de votre trac : vous ne le pourrez pas. Même si certains préconisent le recours aux bêtabloquants, mieux vaut éviter. D’abord parce que l’effet est ponctuel, ensuite à cause du risque de dépendance.

Avant d’entrer en scène, Éric s’isole et ne parle à personne. Il s’allonge ou s’installe confortablement dans un fauteuil non pas pour dormir, mais pour se mettre, comme il dit, en état de « chiffe molle ». En quelques secondes seulement, il semble cata- tonique, incapable de produire le moindre effort. Pourtant, quand le moment vient d’entrer en scène, son énergie revient comme sous l’effet d’une décharge électrique.

Difficile d’avoir la main sur la fabrication de l’adrénaline. Comme Éric, apprenez à le gérer pour parvenir au « juste trac ».

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