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S’agissant de la valeur ajoutée de l’audit interne, ce sont les parties prenantes qui ont le dernier mot.

Si vous interrogiez vos parties prenantes sur la valeur ajoutée de l’audit interne, vous obtiendriez sans doute des réponses très différentes en fonction de votre interlocuteur. Le directeur général, par exemple, pourrait souligner l’importance des recommandations relatives à l’amélioration de l’efficacité, alors que le directeur financier décrirait la valeur ajoutée de l’audit interne en termes de réduction des coûts.

Un membre du comité d’audit pourrait mettre l’accent sur l’indépendance et l’objectivité, alors qu’un autre mentionnerait le rôle d’assurance. Un directeur des SI pourrait, quant à lui, faire référence à vos conseils concernant un problème épineux de sécurité de l’information, alors qu’un directeur des ressources humaines pourrait voir l’audit interne comme un vivier de talents au sein de l’organisation.

Chacune de leurs observations sur la valeur de l’audit interne serait probablement exacte, mais leurs conclusions sur sa valeur globale pourraient être très différentes selon leurs attentes et leurs besoins respectifs.

Chaque partie prenante évalue la valeur de l’audit interne à sa façon, et il n’est pas toujours évident pour elles d’apprécier cette dernière s’agissant de l’environnement de contrôle. Quand les choses vont bien, il est fort probable que les parties prenantes n’aient pas conscience de l’impact potentiel des incidents que nous avons permis d’éviter. Mais en cas de problème – si, par exemple, une partie prenante a besoin de conseils pour analyser les opportunités potentielles mais qu’à la place elle reçoit une revue de la conformité – il leur est facile de voir que leurs attentes n’ont pas été satisfaites.

Il y a quelque temps, l’IIA a constitué un groupe de travail ayant pour mission d’analyser les attentes des parties prenantes et de préciser la valeur que les auditeurs internes pourraient apporter. Ses recommandations on décrit une « proposition de valeur » de l’audit interne centrée sur trois concepts fondamentaux : assurance, points de vue et objectivité. Le groupe de travail a souligné que, en fondant nos communications sur ces concepts, nous pourrions nous assurer que les parties prenantes apprécient nos missions à leur juste valeur.

Selon la proposition de valeur, l’audit interne :

  • donne une assurance sur les processus de gouvernance, de management des risques et de contrôle ;
  • agit comme un catalyseur permettant d’améliorer l’efficacité grâce à un point de vue et des recommandations ;
  • crée de la valeur ajoutée car il constitue une source de conseils objective et indépendante.

Si les auditeurs internes ne tiennent pas compte de ces trois composantes, c’est à leurs risques et périls. La proposition de valeur permet d’assurer que les parties prenantes saisissent bien toute l’étendue de notre contribution et que nous prenons en considération toutes leurs attentes. Cependant, la proposition de valeur ne peut, à elle seule, garantir que nous délivrons les services les mieux adaptés aux besoins de nos parties prenantes. Comme je l’ai mentionné dans des blogs précédents, les auditeurs internes peuvent tout auditer, mais pas n’importe quoi.

Nos parties prenantes recherchent tantôt une assurance, tantôt des points de vue et, quelques fois, des conseils objectifs. Leurs attentes évoluent sans cesse et, au bout du compte, elles jugeront notre valeur sur notre aptitude à satisfaire ces attentes à tout moment. Par exemple, si nous ne trouvons pas un bon équilibre entre les missions d’assurance et les missions de conseil, certaines parties prenantes pourraient se demander si elles obtiennent ce pour quoi elles nous paient.

J’ai appris cette leçon à mes débuts au département d’audit interne du grand commandement de l’US Army après avoir effectué une évaluation de la qualité de l’un des plus importants bureaux d’audit interne de ce commandement. Après une évaluation complète du service, j’étais reparti en pensant que ça pourrait bien être l’un des meilleurs services d’audit interne que j’aie jamais connus. Les travaux de cette équipe étaient constamment réalisés en conformité avec les Normes et d’une qualité irréprochable.

Je lui avais attribué une note élevée. Alors imaginez ma surprise lorsque, moins de deux ans plus tard, j’ai appris que ce même bureau avait été supprimé et que le responsable de l’audit interne avait été affecté ailleurs. Je n’en revenais pas. J’ai même cru que le bureau avait pu être victime d’une sorte de conspiration, tant ses travaux étaient excellents.

Mais lorsque je me suis renseigné, j’ai appris que le commandant, le chef d’état-major, et le contrôleur de gestion étaient arrivés à la conclusion que l’audit interne ne leur apportait aucune valeur ajoutée. A l’époque, l’armée était dans une phase de réduction des effectifs et la fonction d’audit interne en a fait les frais.

L’enseignement à en tirer est clair. S’agissant de la qualité de nos travaux, ce sont nos principales parties prenantes qui ont le dernier mot. Et elles n’évaluent pas l’audit interne en fonction de la manière dont il est géré mais en fonction de la valeur qu’elles peuvent en retirer.

Évaluer des technologies nouvelles, analyser des opportunités, mener des évaluations de la qualité, de l’économie et de l’efficacité, mais aussi communiquer des informations exactes et en temps opportun ne sont que quelques-unes des missions que les auditeurs internes accomplissent au quotidien. Toutes ces activités peuvent avoir une valeur mais, en fin de compte, c’est à d’autres qu’il appartient d’en décider. S’ils estiment que ce n’est pas le cas, le problème peut venir du fait que nous n’apportons effectivement pas assez de valeur ajoutée à l’organisation, ou bien que nous n’avons pas suffisamment aidé nos parties prenantes à l’apprécier. Dans les deux cas nous devons résoudre le problème avant qu’il ne soit trop tard.

A propos Richard CHAMBERS

Richard CHAMBERS
Richard F. Chambers, Président et directeur général de l’IIA (Institute of Internal Auditors) publie chaque semaine sur son blog InternalAuditor.org un article sur les enjeux et les tendances concernant la profession d’audit interne.