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Le data analytics, un atout de compétitivité face aux acteurs du numérique

Sans surprise, le Data Analytics est très prisé des entreprises qui opèrent sur des marchés matures, comme ceux de la banque, de l’assurance et des télécommunications. Après les réseaux sociaux et autres géants du web, ces secteurs sont ceux qui détiennent les plus grands volumes d’informations. Pour leurs acteurs, du fait de l’énorme quantité de clients et d’un historique de données conséquent, cette avancée technologique est une aubaine. Elle apparaît d’abord comme un formidable vecteur d’amélioration de la relation client et, par extension, de leur compétitivité et leur ROI. Elle garantit aussi leur survie alors que se multiplient les acteurs numériques susceptibles de challenger leur légitimité historique. Quid des gains dans le domaine de l’audit, du contrôle et de la gestion des risques ? Les réponses de Louis Hedde, Inspecteur principal, Responsable du data lab de l'Inspection et l'Audit chez Société Générale.
« S’il ne remplace pas les processus d’audit traditionnel et les hommes qui les mènent à bien, le Data Analytics permet néanmoins d’aller beaucoup plus loin. »
Quel est l’impact du Data Analytics sur les métiers au sein de la Société Générale ? Louis Hedde : Nous traitons depuis toujours de la donnée pour en tirer une analyse et des recommandations. Fondamentalement, le Data Analytics ne transforme pas le métier d’audit, mais il démultiplie les possibilités d’intervention et donc l’impact et l’intérêt de nos travaux. La différence réside dans la combinaison des expertises. Car, pour être pleinement exploité et répondre aux - nouveaux - besoins, le Data Analytics implique d’associer des expertises métiers des secteurs bancaire, informatique et de la donnée. C’est pourquoi nous recrutons des ingénieurs spécialisés, ou Data Scientists, qui maîtrisent autant l’exploitation de données que ses enjeux afin d’épauler nos auditeurs et inspecteurs. Parallèlement, nous sensibilisons et formons les auditeurs en poste - plus d’un millier worldwide - à cette transition indispensable. Le défi actuel se situe dans le pilotage de ce changement pour rester “en avance de phase”, c’est-à-dire posséder les compétences requises “demain” dans le domaine de l’audit et la gestion des risques qui évolue très vite. Quels bénéfices tirez-vous de l’usage du Data Analytics ? L.H. : Confrontés à une volumétrie croissante des informations disponibles et exploitables, par ailleurs très hétérogènes, le Data Analytics s’impose comme une nécessité. Il permet de mieux détecter et analyser les risques, et d’anticiper la meilleure façon de les encadrer. Auparavant, nous travaillions sur sondage et sur des périmètres définis. Désormais, nous réalisons des lectures exhaustives sur des périmètres jusqu’à cent fois plus larges. Nous sommes capables de passer en revue tout un portefeuille d’opérations, de procéder rapidement à une revue précise avec la garantie de relever des erreurs ou des risques difficilement décelables autrefois. Cela facilite grandement le ciblage des travaux d’audit spécifiques à diligenter ensuite. S’il ne remplace aucunement les processus d’audit traditionnel et les hommes qui les mènent à bien, le Data Analytics, par l’incroyable quantité de données analysées, mais aussi par sa flexibilité et sa fiabilité, est un atout majeur dans l’exécution des missions, car il permet d’aller beaucoup plus loin.

Louis Hedde Inspecteur Principal, Responsable du Data Lab de l'Inspection et l'Audit chez Société Générale

[box type="shadow" align="" class="" width=""]RGPD ET DATA ANALYTICS “LE SECRET BANCAIRE A TOUJOURS EXISTÉ En vigueur depuis le 25 mai, le règlement - européen - sur la protection des données personnelles (RGPD) renforce la responsabilité des organismes en matière de protection des données. Il leur appartient désormais d’“assurer une protection optimale des données à chaque instant et [d’]être en mesure de la démontrer en documentant leur conformité”, dit la CNIL (www.cnil.fr). Cela suppose entre autres la nomination d’un délégué à la protection des données ou dataprotection officer - DPO) chargé de piloter la gouvernance des données personnelles au sein de la structure. Dans de nombreux domaines d’activité, se conformer aux exigences du RGPD demande une réorganisation coûteuse (un investissement de plusieurs millions d’euros parfois). Historiquement cependant, il est dans la culture de certains secteurs, comme la banque et l’assurance, d’appliquer des règles de confidentialité. “Le RGPD ne fait qu’officialiser une pratique courante dans le milieu bancaire : le secret bancaire a toujours existé”, confirme Louis Hedde. “En revanche, les auditeurs et inspecteurs manipulent davantage de données qu’auparavant, ce qui nous oblige à encore plus de vigilance et de contrôle. L’augmentation de la volumétrie des données nous pousse aussi à travailler différemment : nous privilégions des pistes d’audit - qui permettent de justifier nos résultats en cas de contrôle - au détriment des informations que nous évitons de stocker.”[/box]